Au matin de ce vendredi 2 juin, j'allais au dernier cours de maths de cette année, surtout pour rendre la feuille de redoublement et avoir des réponses à mes questions. Voilà le truc de ouf que nous dit le prof au début du cours : « Ceux à qui on a proposé le redoublement et qui l'on refusé, doivent passer par des tests. Si ils réussissent, ils passent en Terminale, si non, redoublement en première. » J'ai la haine, c'est quoi cette histoire de tests ? Genre on doit passer par des épreuves. Après de multiples questions, on apprend que ces tests auront lieu en Septembre, et qu'il y en aura un pour chaque matière scientifique, c'est à dire Maths, Physique et SVT. Les trois matières les plus chaudes quoi.
Mais y a d'autres questions qui traînent : En quelle classe on doit s'inscrire pour l'année prochaine ? Si on redouble, est-ce qu'on a le choix de la classe ou on va en STL ? (Le prof de chimie nous aurait découvert des dons au dernier cours). Le prof ne peut pas répondre à ces questions et enchaîne avec le rappel du bac de français. Ah ouais, je regarde ma convocation : le 13 juin c'est l'épreuve écrite dans mon lycée, le 22 juin l'épreuve orale à Noisy-le-Grand. Pas de révisions pour le moment, mes pensées sont au redoublement.
JM a accepté de redoubler en STL, sûrement sous la pression des tests. Michael a accepté aussi mais pour la première STG, ouais ça doit être plus simple qu'en S en tout cas. En plus il va bientôt déménager, vers Lyon. Nouvelle maison, nouvelle ville, nouvelle ambiance, nouveau lycée, nouvelle orientation, bah bon courage mon petit laotien ! Nasar et moi, comme quelques autres personnes, on a refusé. On a trop la haine, y a l'incertitude de notre prochaine classe, et ce suspense sera entier jusqu'en Septembre, ça veut dire qu'on aura pas de vacances puisqu'il faudra réviser pour se remettre à niveau. De plus, on sait pas si le bac de français va servir à quelque chose, puisqu'on sait pas si on passe. Je rentre chez moi déçu et incertain.
Le soir sur MSN, je raconte cette histoire chelou de redoublement et de tests à Sofiane. Lui c'est mon fréro, ça fait 8 ans qu'on est potes, depuis le jour où j'ai débarqué ici quoi. Il est marocain et plus précisément de Berkane, tout comme Nasar. Ce mec a grave la tchatche, peut-être trop même. A force de discussion on arrive facilement à minuit. Une personne qui ne m'avait jamais calculé vient me parler pour me souhaiter joyeux anniversaire. Il a sûrement dut apercevoir le « J – 1 » qui est dans mon pseudo depuis environ 24 heures. Et ouais on est le 3 juin, ça y est j'ai 17 ans. Bof, ça fait pas trop « officielle » à minuit. Cinq minutes plus tard je reçois un sms, envoyé par ma grande s½ur qui dit « JOYEUX ANNIVERSAIRE !!! ». Trop forte, elle est dans la chambre d'à côté, et elle me dit ça par texto.
Le matin ça commence à s'officialiser dans ma tête. Bon, d'un côté y a pas de quoi être super fière, y a pas grand-chose qui change. Juste que « 17 ans » ça fait plus classe que « 16 ans », et quand j'y pense, dans 365 jours, je ne serais plus mineur. Ça tombe bien parce qu'avec mes 1m 85 tout le monde pense que j'ai 19-20 piges. La première chose qui marquera mes 18 ans, ce sera ma naturalisation. Et ouais, je suis d'origine et de nationalité turque. Je suis aussi musulman pratiquant, et j'essaye au mieux de suivre le rythme de cinq prières par jour, et de garder la foie quand j'entends sur France 3 qu'on descend tous de l'Australopithèque.
Autre chose de bien avec les 17 ans, c'est que ça donne vraiment l'impression d'être plus « adulte ». C'est vrai qu'on grandit, qu'on est plus des gamins. Ah attention, ne plus être gamin c'est pas valable pour tout le monde. Par exemple quelqu'un de 27 ans, il te verra comme un petit con qui connaît rien à la vie. Mais l'autre jour y a un petit dans ma citée qui devait avoir 7 ans, il me dit : « Monsieur, vous avez l'heure s'il vous plait ? » (Ça c'est ceux qui savent encore rester polis). Trop fort. Monsieur, moi ? C'est bizarre comment une phrase te rappelle soudainement que les années passent, et que t'a même pas le temps de t'en rendre compte, y a pas longtemps j'était comme lui. Hé les filles, vers cet âge là, les petits vous appellent Madame ? Ce que je préfère, c'est l'appellation que te donne les darons : « Hé, jeune homme ! ». Comment c'est trop bien. « Jeune » ne te vieillit pas, tu te sent frais, et « homme » ne te dévalorise pas, tu te sent fort, je kiffe.